L’année dernière, j’ai assisté à une table ronde d’auteurs sur le sujet de la représentation des femmes dans la littérature de science-fiction. Elle se tenait aux Aventuriales, qui a lancé sa troisième édition les 23 et 24 septembre derniers. À défaut d’avoir pu m’y rendre cette année, je partage avec vous les points intéressants que j’ai retenus de cette table ronde…

Le salon des Aventuriales

Les 23 et 24 septembre derniers s’est tenue la troisième édition des Aventuriales, le salon de l’imaginaire auvergnat organisé par l’association Gandahar. Le principe? Réunir des passionnés de littérature de l’imaginaire et faire découvrir ces riches univers au public pendant deux jours.

Chaque année, ils organisent non seulement des rencontres et dédicaces avec les auteurs et autrices de l’imaginaire, mais aussi des débats, des tables rondes, des expositions…

L’année dernière, je faisais partie de l’équipe de bénévoles qui aident à la bonne marche de l’événement. Et j’ai eu la chance d’assister à une table ronde très intéressante : la représentation des femmes dans la littérature de science-fiction.

Les femmes dans la SF

Animée par Dominique Lémuri, la table ronde rassemblait quatre auteurs et autrices de science-fiction: Stéphane Pavanelli, Stéphane Desienne, Lou Jan et Jean Rébillat. Chacun.e a abordé la question de l’évolution de la place des personnages féminins dans la science-fiction, et plus précisément de quelle manière les femmes apparaissent dans leurs romans respectifs. Voici un petit résumé des sujets qui m’ont paru intéressants pendant cette heure de débat.

Tout d’abord, la représentation de la femme a commencé bien limitée dans les premières oeuvres de science-fiction, un genre alors majoritairement écrit par des hommes et pour des hommes. Ainsi, les premières femmes représentées étaient essentiellement passives, servant à être sauvées, et, bien souvent, à remercier intimement leur sauveur.

Mais cette représentation a beaucoup évolué ces dernières décennies, comme c’est le cas pour la représentation de la femme dans la fiction en général. Elles ne sont plus seulement présentes pour leur unique caractéristique de femme. Aujourd’hui, exit la Schtroumpfette de l’Espace! On en trouve dans des rôles divers et variés, leur sexe biologique n’étant plus qu’une composante du personnage et non l’unique raison pour laquelle elles sont dans le roman.

Voici un petit condensé de la vision de chacun des quatre auteurs sur le sujet.

Stéphane Pavanelli

La Voyageuse d’Ayanar, c’est une quête initiatique de deux adolescents qui les mènera aux origines de l’humanité. Plusieurs types de personnages féminins y sont présentés: l’adolescente effrontée qui défie l’autorité, ou encore sa maîtresse, contrainte de l’asservir pour maintenir son rôle social. L’auteur nous parle aussi d’une femme mentor, à découvrir dans son roman. Ici, les femmes sont présentes à toutes les positions sociales.

Stéphane Pavanelli explique que c’est un défi parfois pour un auteur masculin d’incarner un personnage féminin, mais le traitement des personnages est important, ce sont leurs forces et leurs faiblesses qui les rendent attachants. Dans ce monde désertique et presque dystopique, la présence de personnages féminins apporte une touche de douceur qui contraste avec la dureté de l’univers.

Stéphane Desienne

Dans Voyager, l’histoire se déroule deux siècles dans le futur, et un équipage tente de récupérer les sondes Voyager envoyées par la NASA en 1977. Mais les vidéodisques, qui contiennent la position de la Terre, ont disparu… Dans ce roman d’enquête, deux femmes se partagent la parole à deux années d’intervalle: la capitaine, interrogée sur la mission deux ans après, et la pilote, qui relate les événements au moment où ils se déroulent. Ces deux plans narratifs permettent de voir deux aspects de l’histoire, racontés par deux femmes au caractère et au rôle différent.

L’auteur explique qu’il n’avait pas forcément pensé ces deux personnages comme des femmes dès le début, et l’enquête n’aurait pas changé si elles avaient été des hommes. Cependant, c’est plutôt au niveau de l’ambiance que ces personnages féminins font une différence : dans leurs forces et leurs faiblesses, dans leurs relations, notamment avec Chip, le chimpanzé IA du vaisseau, qui crée des liens avec la pilote au cours de l’histoire.

Lou Jan

Le roman de Lou Jan, Sale Temps, porte avant tout sur le temps: dans notre univers, certaines personnes acquièrent le pouvoir d’arrêter le temps, mais il est pompé dans un autre univers…

Comme les protagonistes féminins restent peu exploités en science-fiction, cela représente un vivier de possibilités. Par exemple, l’un de ses personnage est une chef d’entreprise qui doit gérer son affaire, s’occuper de son mari handicapé… Elle montre la problématique du temps dans la vie d’une femme. « Les hommes pensent souvent que les femmes sont leur réserve de temps », plaisante-t-elle.

Un autre de ses personnages, Céraline, elle, dilate le temps dans les brefs moments dont elle dispose. Elle apprend à profiter de chaque minute éveillée, à travers son profond amour pour sa conjointe. Ce contraste entre les deux personnages pose la question : profitons-nous réellement de notre temps, même si nous en avons davantage? Ou bien profiter du temps relève-t-il d’autre chose que la quantité dont nous jouissons?

Jean Rébillat

Avec Terres de Feu, c’est une ambiance différente que propose l’auteur puisqu’il s’agit d’une uchronie autour du thème de super-héroïnes. Leurs pouvoirs se révèlent dans les années 1940, en pleine seconde guerre mondiale. Ses héroïnes sont toutes différentes, mais basées, initialement, sur des stéréotypes : celle qui soigne, celle qui vit en accord avec la nature… Mais chaque personnage va au-delà des stéréotypes apparents et montre, à travers ses forces et faiblesses, une facette de la femme.

Dans l’univers de la guerre, un monde d’hommes, Jean Rébillat a choisi d’y placer des femmes. L’uchronie, c’est-à-dire une réécriture de l’histoire à partir d’un changement de situation, c’est un peu le genre du « et si…? ». Avec Terres de Feu, l’auteur se demande entre autres « et si les femmes avaient dit « zut » dans ce monde d’hommes de l’époque? »

En conclusion

Bien d’autres sujets ont été abordés pendant ce débat passionnant. En tant que lectrice, je trouve la direction prise par les auteurs et autrices de science-fiction très encourageante, car en apportant de la diversité et de la profondeur aux personnages — pas seulement avec des femmes, mais aussi des handicapés, des « minorités », des représentants LGBT+… —, cela enrichit les textes et les histoires présentes et à venir.

À titre d’exemple récent, dans le numéro 48 de la revue Galaxies, les résultats du prix Alain le Bussy 2017 ont été annoncés. Et à la fin de la présentation complète de ce concours de nouvelles de SF, un petit mot a été ajouté sur la relative absence de femmes parmi les personnages principaux des nouvelles reçues. L’équipe d’organisation promet même une évolution des règles du concours 2018 pour favoriser la présence de femmes dans des rôles principaux des prochaines nouvelles…

En tant qu’autrice et lectrice, je ne peux que me réjouir d’une telle évolution. Et vous, comment voyez-vous le rôle de la femme dans la fiction en général, et dans la science-fiction en particulier? Avez-vous assisté aux Aventuriales de cette année?

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