En tant qu’écrivain(e), nous avons tous des textes non publiés au fond de nos tiroirs ou de nos disques durs. De la même manière, un peintre aura des toiles dans sa cave, ou un céramiste des pots dans un cartons. Cela peut être désespérant d’avoir ainsi écrit pour rien, de laisser moisir le fruit d’un long travail dans un coin. Mais ces textes non publiés sont-ils vraiment inutiles?

Ces textes oubliés…

Si vous n’êtes pas auteur ou autrice, sachez que la plupart d’entre nous avons, dans un coin de notre ordinateur, des nouvelles inachevées, des romans non corrigés, ou encore des manuscrits non retenus.

Par exemple, j’ai moi-même une bonne dizaine de nouvelles non retenues dans un coin, ainsi que deux romans et demie que j’ai complètement réécrits en un seul tome, rendant ces manuscrits caduques. Sans compter un certain nombre de romans non achevés ou de nouvelles à moitié corrigées dont j’ai perdu l’inspiration.

Maintenant que je suis plus expérimentée en techniques de narration et plus familiarisée avec ma plume, qualité et défauts, j’aurais envie de reprendre d’anciens projets. Des textes, finis ou non, qui en l’état ne seront jamais envoyés à des maisons d’édition vu leur qualité.

Et si vous êtes écrivain(e), scénariste ou même créatif(ve) dans un autre domaine, vous avez probablement ce genre d’oeuvres inachevées dans vos archives.

Peut-on considérer que tout le temps passé à écrire ces textes que personne ne lira jamais a été perdu? Ces brouillons abandonnés sont-ils inutiles?

Cent fois sur l’ouvrage remettre son métier

Comme vous pouvez l’imaginer, ma réponse est non, ce temps n’est pas perdu. Gardez en tête que l’écriture est comme n’importe quel artisanat : c’est en pratiquant que l’on s’améliore. Dans la pensée collective, on imagine tout à fait un potier rater ses premières tasses, un boulanger rater ses premières baguettes ou un menuisier rater ses premières tables.

Mais j’ai l’impression qu’on s’imagine que l’écrivain, auréolé de tout son génie, va produire dès le premier essai un texte prenant, bien écrit, à l’histoire bien ficelée et aux personnages profonds. On n’imagine pas que, comme n’importe quel art, on commence débutant. La plume est hésitante, les personnages caricaturaux, le texte bourré de répétitions. On ne les voit jamais, ces textes. En tant que lecteur ou lectrice, on ne voit que le roman achevé, corrigé, peaufiné par le travail éditorial.

Pourtant, comme le potier tournera 100 pots avant de créer un bol décent, l’écrivain(e) aussi a besoin de produire plusieurs textes avant de créer une oeuvre publiable.

L’utilité des textes non publiés

Ces textes rangés dans un coin ont donc déjà une première utilité : se faire la main pour améliorer sa plume. Sans tous ces textes, votre première publication n’aurait sans doute pas été publiable.

Mais ils ont aussi une autre utilité : le plaisir d’écrire.  La joie d’expérimenter les genres, de tenter un thème imposé, d’explorer une idée. Personnellement, si j’ai choisi l’écriture comme artisanat et comme métier, c’est parce que je prends plaisir à écrire. Même si le texte est mauvais.

C’est important de s’améliorer, et de proposer des textes à la publication pour rencontrer son public. Mais pour moi, l’essentiel est de continuer à écrire. Que le texte finisse sur l’étagère d’un libraire ou au fond d’un tiroir. Tant que j’ai pris plaisir à l’écrire, et que j’en ai retiré un apprentissage pour mes futurs projets, alors le texte a fait son office.

C’est grâce à mes textes oubliés que je peux produire des textes publiés. Il est probable que dans le futur, je trouve mes textes actuels insatisfaisants. Mais ce sont ces textes qui me permettent de progresser, encore et toujours.

——

Alors honorez vos projets avortés, vos nouvelles refusées et vos ébauches de roman complètement remaniées. Ce sont ces textes qui font de vous l’écrivain(e) que vous êtes. Et c’est ce que vous écrivez aujourd’hui, publié ou non, qui fait l’auteur ou l’autrice que vous serez demain.

Photo par Alejandro Escamilla sur Unsplash

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *