Aujourd’hui, je reviens avec un nouveau conseil d’écriture autour de la préparation de votre texte. Qu’est-ce que la ligne directrice, et en quoi peut-elle vous aider au développement ou au remodelage de votre roman?

Souvent, quand j’explique que j’écris de la fiction, on me demande d’où viennent mes idées, ou en quoi mon roman est plus original qu’un autre. Et je ne pense pas être la seule. Il est parfois difficile de résumer le concept d’un roman rapidement, ou même d’avoir une vision claire sur la direction que l’on prend pendant l’étape de création ou de correction.

Ne vous limitez pas à l’idée

Dans ces situations, j’ai tendance à partir de mon idée de base : « C’est un vaisseau, enfin un équipage, et puis il y a un meurtre, enfin c’est plus compliqué… »

Seulement, en réalité, un texte n’est pas construit autour d’une seule idée. Ce qui en fait l’essence, c’est la combinaison de plusieurs éléments dont les idées ne sont qu’une partie. Comme l’explique cet article de la revue Solaris, un bon texte s’articule autour d’une idée, mais aussi d’une intrigue, de personnages et d’un style d’écriture.

Ne comptez pas sur l’idée seule pour vous démarquer. Surtout que le concept d’originalité est tout relatif. En effet, un lecteur ou spectateur assidu aura peut-être déjà vu plusieurs interprétations de votre idée, qui vous paraissait pourtant si novatrice. Après tout, il suffit de se renseigner un peu sur un genre littéraire pour avoir cette impression diffuse que tout a déjà été dit ou fait.

Partez d’une ligne directrice

Qu’est-ce qu’une « ligne directrice », et en quoi est-elle différente d’une idée?

La ligne directrice, c’est l’essence de votre texte, votre intention, la colonne vertébrale de votre histoire. Elle peut contenir des éléments d’idée, mais aussi d’intrigue, de personnages ou de style.

La prémisse

Pour rendre la notion de ligne directrice plus concrète, John Truby propose l’exercice de créer une prémisse pour votre histoire.  En gros, la prémisse, c’est votre histoire résumée en une seule phrase. Pour vous aider à la créer, Truby propose l’idée suivante :

« la prémisse est le lien le plus simple entre le personnage et l’intrigue, qui est généralement constitué d’un événement déclenchant l’action, d’une indication sur le personnage principal et d’une indication sur le dénouement de l’histoire. »

C’est donc différent d’un pitch ou d’une accroche, dans le sens où la prémisse contient l’ensemble de l’histoire, y compris la fin vers laquelle vous souhaitez tendre, là où l’accroche ne doit pas gâcher le plaisir de la découverte.

Par exemple, la prémisse du film Le Parrain telle que résumée par Truby est : « Le cadet d’une famille de mafieux se venge des hommes qui ont tué son père et devient le nouveau Parrain ».

Vous voyez en quoi elle diffère d’un pitch ou d’un résumé d’accroche? Les éléments les plus importants de l’histoire, dont la situation finale (le héros devient le nouveau Parrain) sont dévoilés.

L’intérêt d’une prémisse, c’est qu’elle contient cette fameuse ligne directrice. Dans le cas du Parrain, la ligne directrice est la trajectoire de ce « cadet de fils de mafieux », qui va être guidé par la vengeance et se transformer en nouveau Parrain alors qu’au début, il abhorre ce milieu mafieux et ne veut rien avoir à faire avec. Écrire une histoire de mafia, ce n’est pas original. Mais ce qui fait la spécificité du film le Parrain, c’est la trajectoire de son personnage principal.

Conseil : réfléchissez à votre ligne directrice

Comment développer une idée d’histoire qui bourgeonne dans votre tête? Vous cherchez à présenter la spécificité de votre histoire mais vous ne trouvez pas d’angle satisfaisant? Vous êtes en pleines corrections mais vous hésitez sur la voie à suivre?

Rappelez-vous : souvent, les idées sont beaucoup plus généralistes que l’on croit. Regardez la prémisse de Star Wars telle que résumée par Truby : « Alors qu’une princesse court un danger mortel, un jeune homme utilise ses talents de combattant pour la sauver et vaincre les forces maléfiques d’un empire galactique. »

Et si vous faisiez l’exercice d’imaginer une ligne directrice pour votre histoire?

Si vous deviez la résumer en une seule phrase, un résumé qui permettrait de la reconnaître et de la différencier des autres histoires du genre, que serait-elle? Voici quelques pistes de réflexion :

  • Réfléchissez à votre intention ou à celle de votre personnage principal, comme point de départ : avez-vous un message à faire passer?
  • Demandez-vous pourquoi : pourquoi écrivez-vous cette histoire? Pourquoi raconter ce moment-là de la vie de vos personnages et pas un autre?
  • Réfléchissez à une combinaison plutôt qu’une idée seule : idée et personnage, ou intrigue et élément d’univers, ou idée et style… Quelle est la combinaison qui donne un caractère particulier à votre histoire?
  • Partez de la fin : quelle impression souhaitez-vous laisser au lecteur? Que véhicule votre fin?

Si vous êtes jardinier.e, c’est-à-dire que vous préférez écrire au fil de l’eau sans plan, cela ne vous empêche pas de réfléchir à cette ligne directrice en amont. Vous pourrez la laisser se développer au fil de l’écriture au lieu de monter un scénario complet à l’avance, comme pourrait le faire un architecte.

L’exemple du projet Aeneas

La ligne directrice de mon roman de SF actuel, c’est un petit groupe de personnages obligés de cohabiter à bord d’un vaisseau spatial pour résoudre une enquête de meurtre. L’ampleur que prend l’enquête les force à coopérer pour de bon, et ce n’est qu’ainsi qu’ils y arriveront.

Techniquement, le concept ou l’idée de base n’est pas nouvelle. Un équipage atypique dans un vaisseau, on a vu avec Cowboy Bebop, Firefly ou encore Mass Effect, parmi d’autres. Le voyage interplanétaire avec des décors fascinants, c’est le concept même du space opéra. Et une enquête de meurtre, c’est le rouage classique d’un polar.

Mais qu’est-ce qui fait que cette histoire aura une coloration particulière? C’est cette cohabitation forcée, la trajectoire du personnage principal qui trouve sa place dans ce monde. Et l’évolution des relations entre les équipiers apporte une ligne directrice particulière, en plus de l’idée basique de croiser les genres space opéra et polar. J’ignore encore si je réussirai mon coup, mais j’entame mes corrections avec cette ligne directrice en tête, et toutes les conséquences que cela entraîne dans la construction de l’intrigue et des personnages.

Pour aller plus loin

John Truby, dans L’anatomie du scénario, consacre un chapitre entier avec exercice d’écriture sur la mise en place d’une prémisse. Il considère que c’est la première étape de la création d’un scénario, la colonne vertébrale autour de laquelle le reste va s’organiser. D’autres exercices sont intéressants dans les chapitres suivants. Il vous invite à réfléchir au concept de votre histoire ainsi qu’à sa ligne thématique, entre autres.  Si cela vous intéresse, je vous invite à aller lire le livre.

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Et vous, utilisez-vous le principe de la ligne directrice pour vous aider à aiguiller la création, guider vos corrections ou savoir comment présenter le projet aux éditeurs ou aux futurs lecteurs et lectrices? Saurez-vous deviner la ligne directrice de vos œuvres de fiction préférées?

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