Dans ce nouvel article de la série Vers le métier d’auteur, on va se parler de routine d’écriture, d’emploi du temps chargé et de persévérance.

Comme je l’expliquais dans le premier article de la série, l’une des caractéristiques principales d’un auteur ou d’une autrice pour moi, c’est la persévérance. Parce qu’il faut du temps et de l’énergie pour mener un texte à son terme. Pas seulement l’écrire, mais le faire relire, le corriger encore et encore.

Cet article vous intéressera si vous aimeriez écrire tous les jours mais peinez à dégager du temps. Mais il vous sera peut-être utile aussi si vous souhaitez lancer un projet qui nécessite des efforts quotidiens, même si ce n’est pas de l’écriture. Ou encore si vous travaillez à votre compte et avez besoin d’organiser vos journées vous-même pour faire avancer les projets. Je vais centrer mon propos sur l’écriture, mais vous pouvez adapter le discours à votre projet en cours.

Quand écrire?

Bien souvent, le principal obstacle à l’écriture n’est pas le manque d’idées ou d’inspiration, mais bien le manque de temps. Ou en tout cas le manque perçu de temps.

Je me souviens d’une discussion sur un forum d’auteurs au sujet des accomplissements de l’année passée. L’un d’entre eux annonçait plusieurs épisodes de séries littéraires, la sortie de romans et bien d’autres projets encore. Ce sur quoi un autre auteur lui demande s’il a quitté son emploi pour se consacrer entièrement à l’écriture. La réponse fut la suivante :

Non, je travaille toujours à temps plein en parallèle. Mais je consacre deux heures par jour à l’écriture, en toute situation. J’ai réussi à les caler dans ma routine quotidienne.

Le temps, nous en avons tous la même quantité : vingt-quatre heures par jour. Écrire à temps plein est un aménagement que peu d’auteurs et d’autrices peuvent s’offrir. Mais de toute façon, ce n’est pas une solution miracle. En effet, je connais des gens qui n’ont pas d’activité autre que l’écriture, et qui peinent pourtant parfois à terminer leurs projets.

Certes, c’est plus facile de trouver le temps d’écrire avec un emploi du temps peu rempli. Mais dans tous les cas, je pense qu’il est possible pour tout le monde d’écrire un peu tous les jours, si c’est quelque chose qui vous tient vraiment à cœur.

Établissez une routine

La solution? Établissez une routine d’écriture. Écrire, c’est comme le sport ou la musique : c’est une pratique quotidienne et répétée qui aide à avancer.

C’est plus facile à dire qu’à faire, me direz-vous, et je suis tout à fait d’accord avec vous. Mais depuis le temps que je lance des projets personnels à côté du travail et sans supervision d’un chef, j’ai trouvé quelques astuces qui pourront peut-être vous aider.

Petit un : connaissez votre fonctionnement

Avant de suivre tête baissée la routine d’écriture de tel écrivain connu ou les conseils de tel livre (ou blog…), apprenez à vous connaître. Nous avons chacun des caractères, des fonctionnements et des biologies différentes. Alors déterminez les moments de la journée ou de la semaine où vous avez le plus d’énergie. Où travaillez-vous le mieux, dans quel type d’environnement?

Voici quelques pistes pour vous aider à mieux cerner les circonstances qui vous conviennent, à vous :

  • Êtes-vous plutôt « du matin » ou « du soir » ? En d’autres termes, à quel moment de la journée avez-vous le plus d’énergie ?
  • Préférez-vous les environnements calmes ou animés ? Avec ou sans musique ? Dans un lieu privé ou public?
  • Travaillez-vous mieux chez vous ou avez-vous tendance à vous laisser déconcentrer par la famille, les loisirs, la télé…?
  • Êtes-vous capable de travailler dans les transports en commun ? (par exemple, je ne peux pas écrire dans le train, ça me donne la nausée)
  • Préférez-vous travailler plus longtemps moins souvent (par exemple une heure dans la semaine) ou un petit peu chaque jour?

Si vous comprenez l’anglais, je vous conseille le podcast Happier, par Gretchen Rubin. Elle y parle souvent de techniques et questions à se poser pour mieux connaître votre propre fonctionnement et adapter vos habitudes.

Petit deux : adaptez-vous à votre emploi du temps

Comme la plupart d’entre nous, vous avez sûrement des contraintes que vous n’avez pas la liberté de modifier. Vos horaires de travail, les heures de classe ou de crèche de vos enfants, l’emploi du temps des autres membres de votre famille, le temps de transport quotidien…

Au lieu de vous imposer un horaire fixe et strict, prenez d’abord en compte vos contraintes. À quel moment de la journée êtes-vous susceptible de libérer un peu de temps pour vos projets ? Est-ce une heure fixe de la journée, avant le réveil de vos enfants ou au retour du travail ? Est-ce au contraire un intervalle fluctuant, entre deux visites de clients ou pendant le trajet du matin ?

Sélectionnez les plages horaires susceptibles de vous convenir, puis adaptez-les au petit un. Par exemple, si vous êtes du soir, préférez la plage d’écriture après le coucher des enfants que le matin avant d’aller travailler.

Petit trois : testez et suivez votre progression

Quand on établit une routine, il y a certaines choses qu’on ne peut pas prédire. Il faut tester et voir ce qui marche.

Par exemple, j’ai testé l’écriture pendant la pause midi à l’open space quand j’étais employée. Mais entre les collègues qui mangent (et téléphonent) à leur bureau et ceux qui me dérangent en pensant que je travaille encore, je ne pouvais pas aligner deux phrases en paix. Donc j’ai changé de plage horaire.

Commencez donc par sélectionner un horaire, une durée et une fréquence à partir du petit un et du petit deux. Puis testez-le pendant une ou deux semaines.

Et suivez votre progression : c’est le plus important! On a tôt fait d’oublier une nouvelle habitude si on ne la suit pas de près pour voir ce qui marche ou pas. Cochez les jours où vous réussissez à écrire, et combien de temps vous avez tenu. Si vous avez été interrompu(e) ou que vous avez dû annuler, notez pourquoi.

Puis faites le point au bout de deux semaines : qu’est-ce qui marche ou pas, et pourquoi? Puis tirez-en les conclusions nécessaires et adaptez un peu les choses.

Petit quatre : suivez vos objectifs et résultats

Un excellent moyen de vous motiver à vous tenir à votre routine sur le long terme, c’est de sentir que votre projet avance. Il n’y a rien de plus motivant que de voir vos efforts payer. Mais à l’inverse, il n’y a rien de pire que d’avoir l’impression de ne pas avancer.

En plus, quand on suit une routine restreinte à cause d’un emploi du temps chargé, on a l’impression d’en faire trop peu. On peut penser que ça ne sert à rien et baisser les bras prématurément.

Alors n’hésitez pas à utiliser des techniques de suivi et de récompenses pour voir les résultats de votre travail. Voici quelques idées :

  • Suivez le nombre de jours d’affilée que vous avez écrit, préparé ou corrigé votre texte, en cochant ou en colorant les cases d’un calendrier ou d’un tableau
  • Notez le nombre de signes ou de mots écrits par jour, puis additionnez à la fin de la semaine ou du mois pour voir ce que plusieurs petites sessions donnent à plus long terme
  • Fixez-vous des objectifs intermédiaires, plus rapides à atteindre, pour booster votre moral (terminer un chapitre par exemple)
  • Donnez-vous une récompense pour avoir atteint certains paliers, à condition que ce soit une récompense saine et pas une excuse pour laisser tomber (par exemple prendre un bon bain chaud, acheter une nouvelle sorte de thé si c’est votre truc…)

Ma routine d’écriture

Pour terminer cet article, voici un aperçu de ma routine d’écriture. J’espère que cet exemple, personnel et adapté à mon caractère et mes contraintes de vie, vous aidera à mettre un peu de concret sur tout cet article.

  • J’écris en priorité le matin, moment où j’ai le plus d’énergie disponible
  • De 10h à 12h30, si je n’ai pas d’urgence ou de rendez-vous, je fais quatre tranches de 30 minutes d’écriture, entrecoupées de petites pauses
  • Quand c’est fait, je tamponne le calendrier mensuel de mon Bullet Journal pour signifier la réussite de mon habitude
  • En fin de journée, après le travail (généralement de 18h à 19h), je m’occupe de tâches moins prenantes. Par exemple : des corrections de forme, de la préparation d’univers, de la relecture pour annoter les soucis…
  • Chaque semaine, je fais le bilan du nombre de signe écrits, préparés ou corrigés, pour garder un œil sur le rythme d’avancée de mes projets et donner un coup de collier si une date limite s’approche dangereusement

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J’espère que ces pistes de réflexion sur la mise en place d’une routine d’écriture vous ont été utiles. Si vous avez des questions, n’hésitez pas à réagir en commentaire ou à me contacter, sur le site ou sur instagram, facebook et twitter @florieteller.

Et vous, quelle est votre routine d’écriture, ou de votre projet en cours ? Comment trouvez-vous du temps pour faire ce qui compte dans un emploi du temps chargé ?

10 Replies to “Trouvez votre routine d’écriture”

  1. Je partage ça sur Facebook, Florie. Ton article est super pertinent et utile, as usual <3
    J'essaye de créer ce rituel petit à petit, soit en écrivant ou en préparant un projet d'écriture, un peu chaque jour. Etant plus du matin, j'essaye de caler ça avant le boulot, mais c'est compliqué, car j'ai tendance à être au boulot dans ma tête et c'est difficile de me concentrer.

    1. Merci pour ton petit mot super gentil, et pour le partage Aemarielle! Je suis vraiment contente si ces conseils peuvent t’être utiles 🙂 Je comprends le fait d’avoir du mal à se détacher du boulot juste avant d’y aller, c’est compliqué de ne pas déjà penser aux tâches à venir. Avec des ajustements de routine et de rituels, peut-être que tu trouveras un compromis satisfaisant? Je serais ravie de savoir comment ta routine d’écriture évolue en tout cas!

  2. Merci pour ses sages conseils, Florie ! Effectivement, depuis que j’ai réussi à me caler une routine, je progresse avec beaucoup plus de régularité. Pas vite certes, parce que chez moi c’est 20-30 min calées le matin avant de partir au taf et souvent interrompues, mais ça reste un temps sur lequel je suis sûr d’ouvrir mon fichier et auquel je ne déroge pas, même quand je ne suis pas très frais xD. Perso, ça me permet aussi d’avoir le cerveau en condition : ce serait sans doute une contrainte pour certains mais Pavlov & co, ça marche bien chez moi.

    1. Merci pour ton petit mot Erreur! Ah, c’est intéressant ça, l’idée que la petite session d’écriture du matin met en condition 🙂 Je crois que je suis d’accord avec toi, d’ailleurs j’écrivais le matin avant de partir travailler quand j’étais en open space, du coup. Ça devient presque automatique, après le café et la douche ^^

  3. J’aime beaucoup cette présentation de « comment se dégager du temps ». L’idée de se trouver SON rituel et pas celui d’un autre, et surtout comment le trouver. Certains articles sur le sujet ont parfois tendance à proposer des solutions trouvées par d’autres (se lever le matin plus tôt pour écrire, se coucher plus tard…). Ce que j’apprécie dans cet article, c’est qu’il va au-delà de ces possibles solutions, il pose des questions pour nous aider à trouver les nôtres, exemples à l’appui bien évidemment. Merci pour ce partage 🙂

    1. Merci Ellie Vie pour ce petit mot, et tu as tout à fait compris ce que j’ai cherché à faire : donner des outils pour que chacun trouve sa propre solution. J’espère que ce sera utile en tout cas 🙂

  4. Génial cet article ! Pour ma part j’ai calé ma routine le soir (je suis du soir !) après le dîner, quand la famille regarde la télé ou joue sur les consoles/portables, lit, etc. Je ne suis pas très loin de tout le monde, mais je m’isole avec mon ordi, au coin du feu 🙂
    Je trouve très intéressant ton idée de planning à cocher pour savoir si la routine tient la route ou pas, de mon côté j’ai un tableau en ligne dans lequel je note le nombre de mots écrits (une habitude que j’ai prise pendant mes différents Nanos), par contre ça ne s’adapte que quand je suis en vraie « écriture », quand je suis en phase de réécriture/préparation. Du coup, c’est pas mal l’idée des cases à cocher/rayer.

    1. Oh, tu me fais rêver là, avec cette image d’écriture bien cosy au coin du feu pendant que la famille vaque à ses occupations tout autour 🙂
      C’est vrai que le système de suivi du Nano peut aider à suivre les progrès, c’est une chose que je fais aussi sur mon bullet journal quand je suis en phase de premier jet. Mais comme tu dis, c’est plus difficile à appliquer en phrase de préparation ou correction. Tu me diras si ça marche pour toi, l’idée de cocher des cases pour se motiver? C’est intéressant de voir comment chacun adapte sa routine d’écriture !

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